LES DOSSIERS DU MOIS   





(09/2019)



LA CANICULE (I)


DEFINITION


Une canicule, ou vague de chaleur, est un phénomène météorologique de températures de l'air anormalement fortes, diurnes et nocturnes, se prolongeant de quelques jours à quelques semaines, dans une zone relativement étendue. Elle survient avec un réchauffement très important de l'air, ou avec une invasion d'air très chaud (exemple en Europe : le sirocco en provenance du Sahara), qui provoque notamment une baisse significative de l'amplitude thermique entre le jour et la nuit, la chaleur s'accumulant plus vite qu'elle ne s'évacue par convection ou rayonnement. Pour qu'une telle vague de chaleur soit qualifiée de canicule, il faut qu'elle égale ou dépasse certains seuils en intensité et en durée (par exemple au moins 72 heures, soit 3 jours, de suite).


Carte des anomalies de température par rapport à la normale (moyenne 1971–2000) lors de l'été 2003 en Europe.

Elle peut être accompagnée d'un niveau d'humidité élevé, ce qui accroît la sensation de chaleur. Elle favorise aussi la pollution de l'air en augmentant le taux de particules en suspension, le risque d'incendie de forêt et la présence d'ozone troposphérique (partie inférieure de l'atmosphère terrestre, qui s'étend du sol jusqu'à une altitude variant d'environ 8 km aux pôles à environ 17 km à l'équateur) et d'oxydes d'azote, sources de pollution photochimique. Cette pollution peut être exacerbée en ville à cause des îlots de chaleur urbains.

Chaque région ayant ses caractéristiques propres, la définition de canicule n'est pas la mème du Nord au Sud ni de l'Est à l'Ouest. Par exemple, pour la France métropolitaine :

Paris chaleur caniculaire si au moins 31 °C le jour et 21 °C la nuit ;


Enseigne de pharmacie affichant 40 °C le 1er juillet 2015 à Saint-Rémy-lès-Chevreuse.

Marseille, chaleur caniculaire si au moins 36 °C le jour et 24 °C la nuit;
Brest, chaleur caniculaire si au moins 30 °C le jour et 18 °C la nuit ;
Lille, chaleur caniculaire si au moins 32 °C le jour et 15 °C la nuit ;
Toulouse, chaleur caniculaire si au moins 38 °C le jour et 21 °C la nuit.


Carte des variations de températures de juillet par rapport à 2001 lors de la canicule de 2003 en Europe.
Note personnelle : C'est dans ce couloir, ici en rouge foncé, qu'ont eu lieu les orages les plus violents.


EVENEMENT CLIMATIQUE DE 4200 BP


BP = ou AP, ou parfois « avant aujourd'hui » (AA), est utilisée, en préhistoire, en géologie et en climatologie, pour désigner les âges exprimés en nombre d'années comptées vers le passé à partir de l'année 1950 du calendrier grégorien, voire symboliquement à partir du 1er janvier 1950.


Zones affectées par l'événement. Les zones hachurées furent affectées par des sécheresses ou des tempêtes de sable. Celles pointillées connurent des conditions humides ou des inondations

L'événement climatique de 4200 ans BP est l'un des plus sévères épisodes de sécheresse de l'Holocène (l'Holocène est une époque géologique s'étendant sur les 10 000 dernières années.). Commençant vers -2200, il se prolonge probablement pendant tout le XXIIe siècle BP. Il est supposé avoir causé l'effondrement de l'Ancien Empire égyptien, de l'empire d'Akkad,



en Mésopotamie,



et de la culture de Liangzhu ****, en Chine, dans la basse vallée du Yangzi Jiang.



Cette sécheresse est aussi suspectée d'avoir joué un rôle dans la fin de la civilisation de la vallée de l'Indus (nord-ouest de l'Inde) et le déplacement de sa population vers le sud-est ainsi que dans la migration de locuteurs de l'indo-européen (l’indo-européen commun, proto-indo-européen (PIE) ou indo-européen (IE) est une langue hypothétique considérée comme l'origine unique des langues indo-européennes actuelles) vers l'Inde.

TRACES MATERIELLES



Une phase d'aridité intense, il y a environ 4,2 ka BP (milliers d'années avant le présent) est attestée dans le nord de l'Afrique, au Moyen-Orient, dans la mer Rouge, dans la péninsule Arabique, dans le sous-continent indien et dans la région midcontinentale d'Amérique du Nord. Les glaciers des chaînes montagneuses de l'ouest du Canada avancent à ce moment. Des traces ont également été trouvées dans les concrétions d'une grotte italienne, dans les glaces du Kilimandjaro et dans celles des glaciers andins.

Le début de l'aridification en Mésopotamie, vers 4 100 BP, coïncide avec un épisode de refroidissement dans l'Atlantique nord, le 3e événement de Bond (un événement de Bond est un phénomène de transport par radeaux de glace dans l'Atlantique Nord. Ces événements sont probablement en lien avec les fluctuations climatiques de l'Holocène. Huit événements de cette nature ont été consignés). Cependant, les preuves de l'existence de cet événement dans le nord de l'Europe sont ambiguës, montrant qu'il a eu un impact géographiquement complexe.

CONSEQUENCES

Dans la péninsule Ibérique, la construction d'implantations de type « motillas (puits) »,



qui apparaissent après -2200, sont supposées être consécutives à la sévère sécheresse qui affecte la région à partir de ce moment. Selon Moreno et alii, qui rendent compte de la première étude interdisciplinaire sur le sujet, effectuée dans la province de La Manche :
« Les récentes études montrent que les sites « motilla » de l'âge du bronze dans la province de La Manche pourraient être les plus anciens systèmes de recueil de l'eau souterraine de la péninsule Ibérique. […] Ils ont été construits pendant l'événement climatique de 4.200 ans BP, à une époque de stress environnemental, dû à une période de sécheresse sévère et prolongée. »
Les auteurs confirment la relation entre le substrat géologique et la distribution spatiale des motillas.

EGYPTE ANCIENNE

Vers -2250 AA, l'Ancien Empire égyptien est frappé par une baisse exceptionnelle des crues du Nil. Cela a sans doute affecté cette société centralisée, voire causé son effondrement. Les écrits de l'époque affirment que famines, désordres sociaux et désintégration sociale en furent les conséquences. Mais il y a peut-être là un biais politique car l'élite égyptienne croyait que la stabilité du pays dépendait d'un État unifié et pouvait considérer une certaine décentralisation comme un désastre. Après une phase de restauration de l'ordre dans les diverses provinces, l'Égypte s'est finalement réunifiée avec un nouveau royaume, doté d'administrateurs régionaux compétents, d'un système judiciaire plus formalisé, d'une administration réformée et de programmes d'irrigation.

Durant ce mois de juillet, l'équipe de plongeurs de Franck Goddio, explorateur français de l'Institut européen d'Archéologie sous-marine (IEASM), a repéré dans la baie d'Aboukir les vestiges d'un temple ptolémaïque *** datant du 4e siècle avant notre ère. Goddio estime que seulement 5% de la cité d'Héracleion est aujourd'hui découverte. À côté de cela, les archéologues ont également retrouvé quelques vestiges de la ville de Canope, permettant ainsi d'agrandir leur carte de la baie. Cela pourrait prouver que la mer méditerranée était beaucoup plus basse (asséchée) que maintenant.



PENINSULE ARABIQUE

Dans la région du golfe Persique,



on constate un changement soudain des modes de peuplement, et un changement culturel avec des styles de poterie différents et des modifications dans les tombeaux. La sécheresse du XXIIe siècle voit la fin de la culture d'Umm al-Nar et les débuts de la culture de Wadi Suq. La culture Wadi Suq définit le peuplement humain dans les Émirats arabes unis et à Oman entre 2000 et 1300 avant notre ère. Il tire son nom d'un wadi , ou voie navigable, à l'ouest de Sohar, à Oman, et s'inscrit dans la continuité de la culture d'Umm al-Nar . Bien que les archéologues aient traditionnellement tendance à considérer les différences dans les établissements humains et les sépultures entre les périodes Umm Al Nar et Wadi Suq comme le résultat de perturbations extérieures majeures (changement climatique, effondrement du commerce ou menace de guerre), l'opinion contemporaine a évolué vers une changement progressif de la société humaine centré sur des approches plus sophistiquées de l'élevage, en particulier la domestication du chameau, ainsi que des changements dans les environnements commerciaux et sociaux environnants.

MESOPOTAMIE



L'aridification de la Mésopotamie semble liée au refroidissement des températures de surface de l'Atlantique nord (3e événement de Bond). Les données montrent de fortes variations à la baisse (50 %) dans la quantité d'eau disponible en Mésopotamie lorsque la température de surface du nord-ouest Atlantique devient anormalement basse. Les sources du Tigre et de l'Euphrate sont alimentées par les pluies d'hiver sur la Méditerranée.

L'empire d'Akkad, en -2300, est la seconde civilisation à atteindre le stade d'État (la première ayant été l'Égypte en -3100). Sa chute est attribuée à une sécheresse séculaire de grande amplitude. En -2170, les données archéologiques montrent un abandon à grande échelle des plaines agricoles du nord de la Mésopotamie et un afflux dramatique de réfugiés au sud. Un mur de 180 km de longueur est bâti pour contenir les incursions des Amorrites (les Amorrites sont un peuple sémite de la Syrie ancienne vers le milieu du IIIe millénaire av. J.‑C. Ils ont ensuite occupé de larges parties du sud de la Mésopotamie du XXIe jusqu'à la fin du XVIIe siècle av. J.-C. ) depuis le sud. Vers -2150, les Gutis (les Gutis, terme issu de l'ancien akkadien qutium ou gutium, était un peuple et une région des monts Zagros, dans le voisinage de la Mésopotamie à la fin du IIIe millénaire av. J.-C. et durant les siècles suivants. Leur origine et leur culture sont inconnus), originaires des monts Zagros, défont l'armée akkadienne, s'emparent de la capitale Akkad et la détruisent vers -2115. D'importants changements agricoles touchent tout le Moyen-Orient à la fin du troisième millénaire.

Le repeuplement des plaines septentrionales par des populations sédentaires intervient à partir de -1900, près de trois siècles après l'effondrement initial.

SUD DE L'ASIE CENTRALE ET DE L'INDE



Au deuxième millénaire avant notre ère, une sécheresse à grande échelle conduit à une réduction de la disponibilité en eau et à d'importants changements écologiques dans les steppes d'Eurasie et de l'Asie du Sud. Dans les steppes, cela entraîne un changement de végétation et une transition vers un mode de vie d'éleveurs nomades.

La pénurie d'eau a de grandes conséquences en Asie du Sud : « Cette période fut celle d'un grand bouleversement pour des raisons écologiques. La baisse prolongée des précipitations a provoqué une grave pénurie d'eau dans une vaste région, causant l'effondrement des cultures urbaines sédentaires au sud de l'Asie centrale, en Afghanistan, en Iran et en Inde, et déclenchant des migrations à grande échelle. Inévitablement, les nouveaux arrivants sont venus se fondre dans les cultures post-urbaines et les dominer. »

La sécheresse déclenche peut-être le déplacement vers le sud-est des habitats de la vallée de l'Indus ; les centres urbains disparaissent et sont remplacés par des cultures locales, en raison d'un changement climatique qui touche également le Moyen-Orient voisin. De nombreux chercheurs exposent en effet que la sécheresse et le déclin des échanges commerciaux avec l'Égypte et la Mésopotamie provoquent l'effondrement de la civilisation de l'Indus. Le système fluvial de Ghaggar-Hakra * est alimenté par la pluie et dépend donc de la mousson, mais le climat de la vallée de l'Indus devient nettement plus frais et plus sec, à partir de 1800 av. J.-C., lorsque se produit un affaiblissement général de la mousson indienne ; l'aridité augmente, le cours du Ghaggar-Hakra se rétracte vers les contreforts de l'Himalaya, les inondations deviennent erratiques et diminuent en quantité, ce qui rend l'agriculture, qui en dépend, difficile à pratiquer. L'aridification réduit suffisamment l'approvisionnement en eau pour provoquer la disparition de la civilisation de l'Indus et disperser sa population vers l'est.

CHINE

La sécheresse est suspectée d'avoir causé la disparition des cultures néolithiques de la Chine centrale, dont la culture de Liangzhu ****, au cours du troisième millénaire. À cette époque, le cours moyen du fleuve Jaune connaît une extraordinaire série d'inondations. Dans la vallée du Yishu, la florissante culture de Longshan endure une période froide qui réduit fortement voire totalement la production des rizières. La raréfaction des ressources naturelles entraîne une importante décroissance de la population et la diminution subséquente des habitats. Vers -2000, la culture de Longshan est remplacée par la culture de Yueshi, plutôt moins développée.

LIMITE STRATIGRAPHIQUE

L'agencement des strates (séquence stratigraphique) fournira une première chronologie appelée par les archéologues « chronologie relative ». Cette dernière nous permet d'établir les rapports d'antériorité/postériorité/contemporanéité entre les unités stratigraphiques. En effet chaque action anthropique (la construction d’un mur, d’une route ou le remblai d’une fosse) ou naturelle (une alluvion, l’éruption d’un volcan ou un tremblement de terre) laisse toujours des marques dans le sol. Les traces matérielles de ces actions se présentent aux yeux des archéologues sous la forme d’une séquence de strates dont chacune d’elles est appelée unité stratigraphique (ou US). Tout est important dans l’observation de ces couches car tout peut devenir source de renseignements : l’aspect général, la couleur, la texture, l’épaisseur, la forme ainsi que la façon dont elles se superposent.

Cet événement climatique extrême, d'ampleur majeure et d'étendue mondiale, sert de frontière temporelle entre l'étage géologique du Northgrippien (le Northgrippien est le deuxième des trois étages géologiques de l'Holocène. Il s'étend de 8 326 ans avant l'an 2000 à 4 200 ans avant le présent. Le début du Northgrippien correspond à un brusque refroidissement climatique) et l'étage géologique du Meghalayen (le Meghalayen est le plus récent des trois étages géologiques de l'Holocène. Il a débuté 4 200 ans avant le présent, c'est-à-dire en 2250 avant l'ère commune, et continue actuellement. Son début a été marqué par des périodes de grandes sécheresses).

C'est une stalagmite, trouvée dans une grotte dans l'Etat du Meghalaya dans le Nord-Est de l'Inde et datant précisément de cet événement climatique extrême, qui est utilisée comme point stratotype mondial définissant le passage du Northgrippien au Meghalayen.



NOTES:

*la Ghaggar est une rivière saisonnière, endoréique ** de l'Inde qui n'est alimentée qu'en période de mousson. Elle prend sa source dans les monts Siwalik en Himachal Pradesh et coule au travers de l'Haryana, du Panjâb et du Rajasthan, elle est piégée par le barrage Ottou formant un lac artificiel.

** en hydrologie, l'endoréisme - du grec ancien: endo : en-dedans, et rhein : couler - d'un cours d'eau ou d'un bassin versant est le fait qu'il ne se déverse pas dans une mer, mais est au contraire clos, retenant ses eaux - superficielles ou non - dans une cuvette fermée.

*** Après la conquête du pays par Alexandre le Grand, l'Egypte fut gouvernée par les descendants de Ptolémée. Ils s'évertuèrent à conserver les traditions égyptiennes tout en introduisant leurs racines grecques. Le dernier des souverains ptolémaïque est la très célèbre : Cléopâtre VII.

**** La culture de Liangzhu (良渚文化, liángzhǔ wénhuà) (3300-2000 AA) est la dernière culture néolithique du jade dans le delta du Yangzi, en Chine. Dans cette culture très hiérarchisée, les objets de jade, de soie, d'ivoire et de laque ne se trouvaient que dans les tombeaux de l'élite, alors que les poteries étaient déposées dans les tombes plus modestes.
L'agriculture, à un stade avancé, utilisait l’irrigation, pour la culture en rizière et l’aquaculture. Les habitations étaient, en général, construites sur pilotis au bord des rivières ou des étangs.





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Sources : Wikipédia